Climat

Questions - réponses

Pourquoi la petite Suisse doit-elle réduire ses émissions ? Les grands pays ne devraient-ils pas commencer eux-mêmes à agir ?

 

L’effort de réduction des émissions doit être global, chaque pays est donc concerné. Les Etats-Unis, longtemps réfractaires, sont en train de prendre leurs responsabilités. La Suisse est certes petite par sa surface, mais la quantité de CO2 émise par habitant y est l’une des plus élevées de la planète. En tant que pays alpin, elle serait du reste particulièrement touchée par le réchauffement climatique, avec en premier lieu la fonte de ses glaciers.
Les initiatives que prend la Suisse en matière de protection du climat ont valeur d’exemple et peuvent inciter d’autres pays à adopter les mêmes mesures – notamment les pays émergents, qui ne sont pas encore tenus de réduire leurs émissions, mais dont la consommation énergétique croît rapidement. Très riche en matière grise et disposant d’importants budgets pour la recherche, la Suisse doit saisir l’occasion de développer un précieux know-how dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. L’exportation de ce savoir bénéficiera à son économie et lui conférera une position de leader au niveau international.

 

La Suisse a enfin intérêt à se libérer rapidement de sa dépendance envers le pétrole étranger, dont le prix ne fera qu’augmenter au cours des prochaines décennies. Il en va de même, à plus ou moins long terme, pour tous les autres combustibles fossiles.

 

La Suisse n’en fait-elle pas déjà assez ?

 

Tenue par le protocole de Kyoto de réduire ses émissions de 8 pour cent ( par rapport à leur niveau de 1990) d’ici à 2012, la Suisse peine à atteindre cet objectif, pourtant minime. Des obstacles de toutes sortes sont venus entraver sa stratégie de réduction, comme le refus du Parlement d’étendre aux carburants la taxe sur le CO2 pour les combustibles (huiles de chauffage).

Le gouvernement prépare actuellement une loi sur le CO2 visant une nouvelle réduction de 30 % à l’horizon de 2020 – dont une partie pourrait être réalisée via l’achat de « droits de polluer » à des pays moins industrialisés.

Ce chiffre est tout à fait insuffisant par rapport au potentiel de réduction avéré. Les études montrent que 60 % d’économie pourraient être réalisées à la source – c'est-à-dire en territoire helvétique – d’ici à 2025 déjà. Des conditions-cadres plus drastiques ne peuvent que stimuler l’innovation. Les climatologues annoncent régulièrement que l’atmosphère se réchauffe plus rapidement que prévu, et des effets rétroactifs ne sont pas à exclure. Face à cette menace, la Suisse soit se doter au plus vite d’une politique climatique visionnaire. Elle en a largement les moyens.

 

Comment fonctionne la taxe sur le CO2 pour les combustibles et les carburants ?

 

Cette taxe est dite incitative, car si elle renchérit les combustibles fossiles et agit donc sur les quantités consommées, ses recettes sont intégralement reversées à la population sous forme de rabais sur les primes des caisses-maladie. La taxe sur le CO2 n’est donc pas un impôt.

Une discussion porte en ce moment sur la possibilité d’affecter une partie des recettes de la taxe à un programme d’assainissement énergétique des bâtiments. Là également, la population serait gagnante, car elle économiserait en frais de chauffage.

Dans le domaine des carburants, aucune taxe n’est pour l’instant en vigueur. Les sommes prélevées sur chaque litre d’essence via le centime climatique (fondation de droit privé) sont trop minimes pour avoir un effet sur la consommation.

 

Les taxes de toutes sortes ne vont-elles pas nuire à notre économie ?

 

Ne rien faire contre le changement climatique serait de loin la solution la plus coûteuse ! Les catastrophes météorologiques dont Lothar et Gondo nous ont donné un avant-goût vont se multiplier. Les réfugiés climatiques se compteront centaines de millions. Les coûts de la santé exploseront sous l’effet de nouvelles maladies. Des pans entiers de l’économie seront sinistrés et la disparition de nombreuses espèces aura certainement des effets sur l’être humain.

Réduire sa consommation d’énergie ne coûte rien – au contraire, cela permet de gagner de l’argent. Qu’on pense simplement aux frais de chauffage qui peuvent être économisés par une meilleure isolation du bâtiment. La nécessité de repenser notre approvisionnement énergétique stimule la recherche et le développement de nouvelles technologies. Le secteur des renouvelables permet la création de nombreux emplois – une aubaine pour le marché du travail.

Il faut se rappeler que les adversaires des mesures de protection du climat en exagèrent souvent les coûts, faisant naître ainsi des inquiétudes non fondées dans la population. On a par exemple prédit que les catalyseurs seraient ruineux pour l’industrie automobile – la vérité est qu’ils ont permis de développer des modèles de voitures qui consomment moins et sont meilleur marché

 

Devra-t-on à nouveau s’éclairer à la bougie et grelotter dans des logements sans chauffage ?

 

Grâce aux technologies existantes, nous pourrions d’ores et déjà économiser un tiers du courant consommé actuellement – et ceci sans réduction de confort. Cela implique de n’utiliser que des appareils électriques à haute performance, qui sont déjà sur le marché (par exemple ampoules économiques), ou le seront bientôt (par exemple lampes LED). Des économies similaires peuvent être réalisées dans le secteur des transports avec de nouvelles générations de véhicules.

Il faut d’urgence améliorer l’isolation des bâtiments afin de diminuer les besoins en chauffage. Le bois des forêts suisses fournit des pellets remplaçant avantageusement les chauffages électriques et dont le rendement est bien meilleur que les bûches. Le bilan climatique des pellets est neutre car les arbres sont automatiquement remplacés et absorbent rapidement le CO2 dégagé lors de la combustion. Du côté de la géothermie, des pistes intéressantes sont à explorer.

Les sources d’énergies renouvelables comme le soleil, le vent, la terre ou la biomasse sont loin d’avoir livré tout leur potentiel. Il n’y a donc pas lieu de craindre une pénurie.

 

Un approvisionnement énergétique à 100 % renouvelable est-il vraiment réaliste ?

 

Il faut d’abord commencer par réduire la consommation en visant l’efficacité énergétique maximale et réduire le gaspillage partout où c’est possible. Certains pays se sont déjà engagés avec succès sur la voie des renouvelables qui connaissent une croissance de 11,2 pour cent en Chine et de 12,8 pour cent au Danemark. Avec seulement 1,7 pour cent, la Suisse fait pâle figure...