Le vrai visage de la migration
Les migrantes et les migrants sont des êtres humains
« Les pêcheurs sont les premiers à tenter le voyage vers l’Europe », dit Senyabou Ndoye, leader de la coopérative sénégalaise FENAGIE, rencontrée lors du Forum social mondial qui se tient en ce moment à Dakar. Avec le soutien d’Action de Carême, la coopérative s’efforce d’améliorer le quotidien des pêcheurs et des ouvrières des poissonneries. Conséquence de la surpêche, il n’y a presque plus rien dans les filets. « Tous les jeunes veulent émigrer. Nous ne pouvons rien faire contre ce phénomène » reconnaît Senyabou Ndoye, la gorge nouée. « Nous avons nous-mêmes dû ranger nos pirogues, car presque tous nos enfants sont partis. »
Ces gens malmenés par la politique migratoire suisse, et que certains ne voient plus que comme des criminels, on s’aperçoit soudain ici qu’ils ont un visage. Ils sont nombreux à entreprendre ce périlleux voyage et à supporter des conditions de vie indignes, juste pour pouvoir permettre à ceux qui sont restés au pays de se soigner et d’aller à l’école. Et ils sont nombreux à échouer avant d’avoir atteint le but.
Ces gens qui me reçoivent à leur table et débordent de gentillesse à mon égard n’auraient aucune chance de travailler légalement en Suisse. Ils n’y trouveront pas l’accueil chaleureux qui m’est réservé dans les villages sénégalais.
Même si le poisson se fait rare, la FENAGIE est heureusement parvenue à freiner l’émigration. Elle a construit des fours dans lesquels les poissons sont fumés, puis salés, ce qui permet d’en prolonger la conservation et facilite la commercialisation.
Avoir une vision globale, c’est mettre en rapport tout cela : la politique migratoire suisse, la coopération suisse au développement, les conditions de vie au Sénégal, la production locale, les marchés mondialisés et les accords internationaux sur la pêche. Ne se concentrer que sur un aspect ne suffit pas. Tout cela m’amène personnellement à continuer à m’engager pour une politique migratoire plus humaine et pour l’augmentation de l’aide au développement à 0,7 % du produit intérieur brut.

